Le service de la Formation Continue de la Faculté de Pharmacie de Paris accueille deux nouvelles formations qualifiantes qui débuteront en mars 2026 “Suivi de la santé des femmes en officine” et “La (péri)ménopause en officine“, portées par le Professeur Pierre-François Ceccaldi, médecin, professeur de médecine à l’Université Paris Cité et gynécologue-obstétricien.

Pierre-François Ceccaldi

© Pierre-François Ceccaldi

Médecin, professeur de médecine à l’Université Paris Cité et gynécologue-obstétricien, Pierre-François Ceccaldi développe depuis de nombreuses années une expertise en santé des femmes, à l’interface de la clinique, de la pharmacologie et de l’innovation pédagogique.
Il exerce au sein de structures hospitalo-universitaires et a occupé des fonctions de responsabilités, notamment comme chef d’un service universitaire de gynécologie-obstétrique, dans un environnement marqué par de forts enjeux de santé publique entre la ville et l’hôpital.

Son parcours académique et scientifique est étroitement lié à l’Université Paris Cité, où il mène des activités d’enseignement, de recherche et de structuration de projets innovants. Il est notamment à l’origine ou impliqué dans plusieurs initiatives reconnues dans le champ de la pédagogie en santé, comme la création du Département de simulation en Santé de Paris Cité, et de la prise en charge de la santé des femmes, parmi lesquelles des dispositifs de formation par simulation, ainsi que des projets institutionnels soutenus par les autorités de santé. Il est également porteur du Ménopause Club (www.menopauseclub.fr), une initiative financée par l’Agence Régionale de Santé (ARS), visant à améliorer l’accompagnement des femmes autour de la ménopause et à structurer des parcours de soins adaptés à cette période de transition.

S’il exerce et enseigne dans le monde médical, Pierre-François Ceccaldi a choisi de porter sa nouvelle formation au sein de la Faculté de pharmacie de l’Université Paris Cité. Un choix qui n’a rien d’anecdotique : il reflète une conviction forte de l’interdisciplinarité des parcours de soin, construite au fil de son cursus scientifique et de sa pratique hospitalière, selon laquelle la santé des femmes ne peut être pensée sans une collaboration étroite entre médecins et pharmaciens.
Dans un contexte marqué par l’évolution rapide des missions de l’officine, par les difficultés d’accès aux soins et par des attentes croissantes en matière de prévention, d’orientation et de coordination, le pharmacien occupe aujourd’hui une place stratégique dans les parcours de santé.

La formation qu’il a conçue s’adresse spécifiquement aux pharmaciens, principalement d’officine mais aussi d’industrie et hospitalière, répondant à une demande exprimée par le monde professionnel.
Elle est structurée autour de situations concrètes rencontrées au fil des exercices et des possibilités thérapeutiques: pathologies du cycle, contraception, conception, ménopause. Loin d’un enseignement théorique ou magistral, elle repose sur une approche résolument pratique, intégrant des arbres décisionnels officinaux, des cas cliniques, des mises en situation et des jeux de rôle. L’objectif est clair : donner aux pharmaciens des outils immédiatement mobilisables pour accompagner, sécuriser et orienter les patientes.

À travers cette formation, Pierre-François Ceccaldi défend une vision exigeante et pragmatique de la formation continue universitaire : une formation courte, ancrée dans le réel, pensée pour répondre aux besoins du terrain et renforcer la place du pharmacien comme acteur clé de santé publique.

L’entretien qui suit revient sur son parcours, sur les enjeux de cette formation et sur le rôle central que peut jouer l’officine dans l’amélioration de la santé des femmes, aujourd’hui et demain.

  1. Vous êtes gynécologue-obstétricien, et pourtant vous avez choisi de développer cette formation au sein de la Faculté de pharmacie. D’où vient votre attachement au monde de la pharmacie, et à quel moment de votre parcours cette proximité s’est-elle construite ?

Mon attachement au monde de la pharmacie s’est construit progressivement, et s’est fait assez tôt suite à des rencontres professionnelles dans mon parcours, lors de mes travaux de recherche et de mes choix de formation. J’ai d’abord réalisé un Master 2 tutoré par la Professeure Sophie Gil, actuellement enseignante-chercheuse à la Faculté de pharmacie à Paris Cité, portant sur le passage transplacentaire des antirétroviraux, à une période où les enjeux du VIH chez la femme enceinte étaient particulièrement importants au sein du Laboratoire de recherche du Pr R. Farinotti à la Faculté des Sciences Pharmaceutiques de Chatenay-Malabry. Ce travail m’a amené à m’intéresser de près à la pharmacologie appliquée à la grossesse, en lien étroit avec des équipes médicales et pharmaceutiques.

Au cours de mon cursus médical, j’ai effectué un semestre d’internat en pharmacologie clinique à l’Hôpital Saint Vincent de Paul, ce qui a renforcé mon intérêt pour la pharmacie et pour les interactions entre médicaments, mère et fœtus. C’est à partir de là que s’est véritablement structuré mon positionnement à l’interface entre médecine et pharmacologie.

J’ai ensuite poursuivi avec une thèse de sciences, toujours dans le même laboratoire de recherche.  Cette thèse portait sur l’influence des médicaments sur la parturition, c’est-à-dire sur les mécanismes biologiques du déclenchement du travail chez l’espèce humaine. En parallèle de ma spécialité de gynécologie-obstétrique, j’ai également obtenu une sur-spécialisation en Pharmacologie clinique et évaluation des thérapeutiques

Ce parcours explique pourquoi le lien avec la pharmacie est, pour moi, profondément structurant. Il ne s’agit pas d’un rapprochement tardif, mais d’un ancrage scientifique et clinique construit dès la formation initiale. Développer aujourd’hui une formation au sein de la Faculté de pharmacie s’inscrit donc dans une continuité logique, fondée sur la conviction que la santé des femmes, en particulier autour des médicaments, ne peut être pensée sans une articulation étroite entre médecins et pharmaciens.

  1. Plus largement, comment percevez-vous aujourd’hui la complémentarité entre médecins et pharmaciens, notamment dans le champ de la santé des femmes, et pourquoi cette collaboration vous paraît-elle indispensable ?

Aujourd’hui, la complémentarité entre médecins et pharmaciens me paraît absolument indispensable, en particulier dans le champ de la santé des femmes. Du point de vue de la santé publique, le pharmacien occupe une place centrale : c’est lui qui délivre les médicaments, mais aussi celui qui accompagne, informe et sécurise leur utilisation.

Dans ma pratique hospitalière, où je mène entre autre des consultations préconceptionnelles et des suivi gynécologiques de patientes ayant des maladies chroniques, j’ai souvent constaté que de nombreuses questions se posaient au moment de la délivrance : un médicament est-il autorisé avant ou pendant la conception ? Faut-il l’arrêter ? Le pharmacien est alors un interlocuteur clé, car les référentiels peuvent être contradictoires et générer de l’inquiétude, notamment chez les femmes enceintes. Or, si la mère n’est pas correctement traitée, le fœtus peut aussi en subir les conséquences.

Le pharmacien joue également un rôle fondamental en ville, notamment dans un contexte de déserts médicaux. Il est souvent le premier, voire le dernier professionnel de santé accessible. À ce titre, il ne se limite pas à la dispensation : il conseille, repère des situations à risque, élimine certaines contre-indications et oriente vers la médecine de ville ou l’hôpital lorsque c’est nécessaire.

Cette collaboration doit donc s’inscrire à plusieurs niveaux : entre médecins et pharmaciens de ville, mais aussi entre l’hôpital et l’officine. En santé des femmes, cette articulation est essentielle pour assurer une continuité des soins, à tous les âges de la vie et dans des situations très diverses, de la contraception à la conception, jusqu’à la ménopause. 

  1. Cette formation s’inscrit dans un contexte où le rôle du pharmacien d’officine évolue fortement. En quoi la santé des femmes constitue-t-elle, selon vous, un enjeu majeur de santé publique à l’officine aujourd’hui ?

Aujourd’hui, la santé des femmes constitue un enjeu majeur de santé publique à l’officine parce que le pharmacien est devenu l’un des derniers recours accessibles entre la patiente et le système de soins. Dans un contexte marqué par l’évolution des missions de l’officine et par les difficultés d’accès aux médecins, le pharmacien occupe une place de proximité essentielle.

La santé des femmes traverse toutes les étapes de la vie et concerne à la fois des situations aiguës et des situations chroniques. À l’officine, ce sont souvent des demandes concrètes, parfois urgentes, qui émergent : contraception, coneption, douleurs, traitements au long cours. Le pharmacien est alors en première ligne pour informer, rassurer, repérer des situations à risque et orienter vers une prise en charge médicale lorsque cela s’impose.

Cette position de proximité fait de l’officine un point d’entrée stratégique du système de santé. Elle permet d’éviter des retards de prise en charge, d’accompagner des parcours parfois fragilisés et de renforcer la continuité des soins. En santé des femmes, cet enjeu est d’autant plus important que certaines problématiques restent encore sous-diagnostiquées ou insuffisamment prises en charge, et que l’officine demeure un lieu accessible, sans rendez-vous, où la parole peut s’exprimer.

  1. Quelles sont selon vous les situations où l’intervention du pharmacien est la plus déterminante dans le parcours de santé des femmes (cycle, contraception, conception, ménopause), et que vous avez voulu prioritairement intégrer dans cette formation ?

J’ai voulu prioritairement intégrer dans cette formation les situations du quotidien où le pharmacien est directement confronté à des décisions concrètes, avec une attente forte de la part des patientes. Lorsqu’un professionnel s’inscrit à une formation continue, il met sa pratique entre parenthèses : il a donc des attentes elevées et a besoin d’outils immédiatement utiles à son retour à l’officine.

L’objectif a été de construire une formation très pratique, centrée sur l’aide à la décision, l’orientation et l’accompagnement. Il ne s’agit pas de proposer un enseignement théorique ou magistral, mais de répondre à des situations réelles rencontrées au comptoir, tout au long du parcours de santé des femmes.

J’ai souhaité couvrir l’ensemble des grandes étapes – cycle, contraception, conception, ménopause – non pas de manière exhaustive, mais en ciblant les situations où l’intervention du pharmacien est la plus déterminante : repérer une urgence, distinguer l’aigu du chronique, sécuriser une prise en charge médicamenteuse, ou encore orienter vers la médecine de ville ou l’hôpital.

Cette formation intègre également les évolutions récentes des pratiques médicales, car la santé des femmes a connu plusieurs révolutions ces dernières années, tant sur le plan biologique que technologique. Il ne s’agit pas de « remettre à niveau », mais de donner aux pharmaciens les clés pour comprendre ce qui est possible aujourd’hui et pour accompagner, de façon actualisée et pertinente, les patientes dans leur quotidien.

  1. Vous avez intégré un arbre décisionnel officinal et de nombreux cas pratiques. Qu’est-ce que cela change concrètement dans la prise de décision et l’orientation des patientes au comptoir ?

L’arbre décisionnel change fondamentalement la manière dont le pharmacien structure sa réflexion au comptoir. Il ne s’agit pas seulement de délivrer un conseil, mais de confirmer une situation, de repérer des signes d’alerte et de décider, de façon argumentée, s’il faut rassurer, accompagner ou orienter en urgence.

Concrètement, cela permet au pharmacien de vérifier des éléments simples mais essentiels : confirmer un symptôme, le replacer dans son contexte, rechercher des signes fonctionnels associés, et surtout distinguer ce qui relève d’une situation bénigne de ce qui constitue une urgence potentielle. L’exemple typique est celui de l’hypertension au cours de la grossesse : à partir de symptômes comme des maux de tête, des troubles visuels ou une fatigue importante, le pharmacien peut objectiver la situation, répéter une mesure tensionnelle, repérer des signes de gravité et orienter immédiatement vers une maternité ou un service d’urgence.

L’arbre décisionnel donne ainsi un cadre sécurisé à la prise de décision. Il permet au pharmacien de ne pas rester seul face à une situation complexe, de légitimer son orientation et d’agir rapidement lorsqu’il s’agit d’une urgence vitale pour la mère et pour le fœtus. C’est un outil qui renforce à la fois la sécurité des patientes et la confiance du professionnel dans son rôle.

  1. Sur des sujets comme l’endométriose, le SOPK ou la contraception d’urgence, quels sont les points de vigilance où le pharmacien peut réellement faire la différence pour les femmes ?

Sur ces sujets, le rôle du pharmacien est particulièrement important parce qu’il s’inscrit souvent dans la durée. Pour des pathologies comme l’endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), on n’est pas dans l’urgence immédiate, mais dans des situations chroniques, marquées par une errance diagnostique encore très longue aujourd’hui.

Pour l’endométriose, par exemple, le délai entre les premiers symptômes et le diagnostic peut aller de sept à dix ans. Les jeunes femmes consultent fréquemment l’officine, parfois tous les mois, parce qu’elles souffrent pendant leurs règles, prennent des antalgiques ou des anti-inflammatoires de façon répétée, s’absentent du travail ou interrompent leurs études. Le pharmacien est alors dans une position unique pour repérer cette répétition, questionner, alerter et inciter à consulter, sans jamais se substituer au médecin.

L’enjeu est d’aider à reconnaître qu’une douleur intense, fréquente ou invalidante n’est pas “normale”. Grâce à la formation, le pharmacien peut mieux comprendre ce qu’est une endométriose ou un SOPK, repérer des signaux d’alerte, accompagner la patiente dans l’hypothèse diagnostique et sécuriser l’automédication, notamment lorsqu’elle devient excessive.

Dans ces situations, le pharmacien fait la différence en améliorant la prise en charge des symptômes, en réduisant les retards de diagnostic et en orientant vers une prise en charge médicale adaptée. C’est un rôle de santé publique essentiel, fondé sur la proximité, l’écoute et la continuité du suivi.

  1. La ménopause reste encore un sujet tabou. Comment cette formation aide-t-elle les pharmaciens à mieux accompagner les femmes, à la fois sur le plan médical et relationnel ?

La ménopause n’est pas une maladie, c’est une étape de la vie, mais elle reste encore largement méconnue et parfois difficile à identifier, y compris par les femmes elles-mêmes. J’ai régulièrement des patientes qui me disent avoir mis un ou deux ans à comprendre que leurs symptômes — douleurs articulaires, troubles du sommeil, fatigue, gêne au quotidien — étaient liés à l’entrée en ménopause.

La formation aide les pharmaciens à mieux comprendre cette diversité de situations et à accompagner les femmes à plusieurs niveaux. D’abord sur le plan de l’information et de l’écoute : savoir reconnaître une transition de vie, accueillir la parole, lever les tabous et orienter sans banaliser. Ensuite sur le plan médical, en donnant des repères clairs sur les traitements possibles, notamment le traitement hormonal de la ménopause, leurs indications, leurs contre-indications et les situations qui nécessitent un avis médical.

Le pharmacien a aussi toute sa place dans le suivi, qu’il s’agisse d’un traitement hormonal ou d’alternatives, notamment les compléments alimentaires. Dans ce domaine, l’officine est un point de référence essentiel, car elle permet un accompagnement personnalisé, loin d’une simple logique commerciale ou d’un achat sur Internet.

Enfin, cette formation vise à renforcer le rôle relationnel du pharmacien : accompagner l’annonce, suivre les femmes dans le temps, sécuriser les choix thérapeutiques et créer un espace de confiance et d’échange. L’officine devient alors un véritable lieu de proximité pour accompagner les femmes tout au long de cette transition de vie.

  1. Pour conclure, qu’est-ce qu’un pharmacien ayant suivi cette formation devrait être capable de faire différemment dès son retour à l’officine, et quel bénéfice cela représente-t-il pour le système de santé ? Autrement dit, Qu’est-ce qu’un pharmacien bien formé peut changer, concrètement, dans la vie des femmes dès le comptoir ? Et Pourquoi la santé des femmes est-elle, selon vous, un enjeu central de santé publique à l’officine aujourd’hui ?

Un pharmacien ayant suivi cette formation devrait avant tout se sentir plus à l’aise, plus légitime et mieux outillé face aux situations de santé des femmes qu’il rencontre au quotidien. Il doit être capable d’anticiper, de ne pas se retrouver en difficulté lorsqu’une patiente se présente avec une question sensible ou complexe, et de savoir immédiatement comment raisonner, orienter et accompagner.

Concrètement, cela signifie savoir distinguer une situation aiguë d’une situation chronique, repérer des signaux d’alerte, sécuriser une prise en charge médicamenteuse, accompagner dans les options thérapeutiques et réadresser, lorsque c’est nécessaire, vers la médecine de ville ou vers l’hôpital. C’est aussi être capable d’expliquer, de rassurer et de créer un lien de confiance dès le comptoir.

Cette formation permet également aux pharmaciens de ne pas rester isolés. Elle favorise les échanges entre professionnels, le partage de cas pratiques et, à terme, l’identification d’interlocuteurs vers qui se tourner en cas de question. Cela est particulièrement important pour les officines situées en zones semi-rurales ou éloignées des structures hospitalières.

Pour les femmes, le bénéfice est immédiat : elles trouvent à l’officine un point d’accueil, d’écoute et d’orientation fiable, à tous les moments de leur vie – de la contraception au projet de conception, des maladies chroniques à la ménopause. Pour le système de santé, c’est un gain en fluidité, en continuité des soins et en prévention des retards de prise en charge.

La santé des femmes est un enjeu pluridisciplinaire de santé publique et à l’officine parce que le pharmacien est un professionnel de proximité, accessible, capable d’agir très tôt dans les parcours de soins. Il contribue quotidiennement à améliorer la qualité de vie des femmes et à renforcer l’efficacité globale du système de santé.

 

Entretien réalisé par Luiz Villarinho, responsable du service de Formation Continue de la Faculté de Pharmacie de Paris.

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