Les professionnels de santé sont exemplaires dans leur investissement auprès de la population en cette période de crise sanitaire. A un moment où les médecins libéraux sont passés, au moins partiellement, en téléconsultation, les pharmaciens d’officine sont en première ligne et constamment disponibles pour la gestion au quotidien des maladies aiguës et chroniques comme du COVID et sa prévention.
Le travail n’est pourtant pas simple : leurs équipes de pharmaciens et préparateurs sont elles aussi touchées par l’épidémie ; les patients sont, encore plus que d’habitude, en attente d’être rassurés et informés ; les moyens de protection ne sont pas encore généralisés…
Les témoignages qui suivent, de nos professeurs associés de pharmacie cliniques et pharmaciennes officinales, illustrent le quotidien le métier de pharmacien d’officine, la surcharge d’activité mais aussi la passion à être au service du patient dans la chaîne de santé et de prise en charge des patients, en période très difficile pour tous.
Les pharmaciens d’officine ont répondu présents : merci à eux !

Jean-Louis Beaudeux
Doyen de la Faculté de Pharmacie

Le travail dans nos officines a évolué et notre agilité et forte adaptation au changement a encore servi nos patients. La crainte, les questions, les colères de nos patients sont devenues notre quotidien. Il faut, en plus de recevoir nos patients et dispenser leurs ordonnances, répondre au téléphone, lire les mails, les fax, les applications, y répondre plusieurs fois par jour, organiser au mieux les livraisons, nous-mêmes ou avec l’aide de la Croix Rouge. Il faut s’adapter aux nombreuses informations reçues par nos alertes via le Dossier Pharmaceutique, le conseil de l’Ordre, nos syndicats… Tout a été mis en œuvre pour faciliter l’accès aux soins de nos patients : renouvellement exceptionnel, prolongation des ordonnances, téléconsultation… Il faut également se protéger, porter des masques, se laver les mains, respecter les distances , tous ces gestes barrière pas toujours compris par les patients impatients mais globalement bien appréciés. Deux étudiants de 5e année sont venus nous prêter mains fortes avec l’envie d’apporter leur aide et de participer à l’effort des professionnels de santé. Ils avaient l’un et l’autre peu d’expérience en officine de par leur orientation Internat mais ils ont su trouver les mots pour rassurer, expliquer la pénurie des masques, des gels hydroalcooliques. Ils ont participé à la fabrication de solution hydroalcoolique dès que nous avons pu recevoir de l’alcool, lui aussi en pénurie. Au final, une période qui a permis de montrer le rôle du pharmacien d’officine au sein de la chaîne de soin.

Marianne Le Bruchec

Professeure associée de pharmacie clinique, Pharmacie, Faculté Santé, Université de Paris , Pharmacienne d’officine

Depuis le début de cette crise inédite, il a fallu adapter l’exercice officinal jour après jour en fonction des évolutions et recommandations sanitaires multiples.
Les équipes officinales sont restées mobilisées, plus que jamais engagées dans la lutte contre le Covid19 notamment en étant présentes pour continuer d’accompagner au mieux ceux qui doivent se soigner.
Accueillir et dispenser les médicaments en toute sécurité, informer, conseiller, rassurer et orienter les patients sont autant de missions menées malgré les difficultés rencontrées sur le terrain tant logistiques qu’humaines.
Tout est mis en œuvre par les équipes pour répondre au mieux aux besoins de la population, tout en s’adaptant au respect du confinement :
. disponibilité et écoute des équipes par téléphone ;
. portage à domicile pour les plus malades ou les plus âgés isolés et fragiles ;
. renouvellement des prescriptions échues de traitements pris chroniquement en lien avec les prescripteurs ;
. organisation de l’acheminement des traitements depuis les PUI ;
. gestion des ruptures de médicaments notamment les plus médiatisés…
Bref, la période est difficile pour tous, mais encore plus lorsque les équipes doivent faire face à la colère, l’incompréhension, les peurs et les diverses suspicions de la population quand elles-mêmes doivent gérer leurs propres inquiétudes.
Malgré un contexte exceptionnel compliqué, les pharmaciens d’officine, les préparateurs en pharmacie et les étudiants en pharmacie venus en renfort continuent d’être motivés et présents dans les officines afin d’exercer leur métier et leurs missions de santé publique auprès de la population.

Sandrine Masseron

Professeure associée de pharmacie clinique, Pharmacie, Faculté Santé, Université de Paris , Pharmacienne adjoint d’officine

Nous sommes effectivement aux premières loges dans nos officines pour répondre aux très nombreuses interrogations et demandes de nos patients.

Nous avons dû apporter une information la plus juste et rationnelle et démonter les croyances et fake news véhiculées par les médias. Nous avons fabriqué des solutions hydro-alcooliques avec beaucoup de difficultés d’approvisionnement en matières premières mais aussi en flaconnages. Nous avons été chargés par les Autorités de repartir les masques aux professionnels de santé mais beaucoup de confusions dans la communication (à qui sont destinés les masques, les aides ménagères étaient elles concernées ?) et aussi dans la livraison de ces masques.

Il me semble que l’image du pharmacien officinal a été revalorisée :
– importance du maillage territorial et de la présence des officines qui ont su apaiser la population tout en véhiculant un message clair sur le confinement ;
– stock de médicaments suffisant pour faire face à des semaines particulières,
– possibilité de renouvellement des ordonnances chroniques périmées par les pharmaciens pour éviter la surcharge de travail des médecins ou une fréquentation non nécessaire dans les maisons de santé. Pour ma part, les médecins prescripteurs ont émis la demande expresse de ne pas exercer ce droit, souhaitant continuer leur consultation pour éviter les déséquilibres de pathologiques chroniques, qui passeraient inaperçus sans examen clinique.

Nous avons été remerciés à nombreuses reprises sur la continuité du service et l’accompagnement des patients par les livraisons possibles.

Emmanuelle Remongin

Professeure associée de pharmacie clinique, Pharmacie, Faculté Santé, Université de Paris , Pharmacienne d’officine